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Réconciliation fruit du pardon

Marcel Rebiai, mai 1995

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Depuis le début de l’humanité la réconciliation est un thème existentiel. Mais la prise de conscience de son importance et de sa nécessité n’a jamais été aussi grande que de nos jours; réconciliation entre peuples, groupes et individus, réconciliation de l’homme avec lui-même et primordialement réconciliation de l’homme avec Dieu. On peut discuter de réconciliation selon différents points de vue. On peut aborder le sujet sous l’angle politique, humanistique, sociologique et religieux. Dans cette étude je veux considérer avant tout l’aspect biblique. Je suis profondément persuadé que la conception biblique de la réconciliation peut et doit avoir un impact sur la totalité de la vie de de la conscience humaine. Elle apporte à quiconque s’appuie sur elle l’éternelle condition satisfaisante nécessaire à toute réconciliation.
A quelle condition la réconciliation est-elle possible? Je retiens deux points: d’une part la miséricorde et le pardon, d’autre part la solution de la culpabilité, comme geste de Dieu envers l’homme et réponse de l’homme à ce geste. La réconciliation est une question de vie et de mort. Elle est nécessaire autant au niveau personnel qu’au niveau des peuples et de leur destin. Pour comprendre le caractère urgent de la réconciliation il faut nous attarder sur le mot ‘Versöhnung’ (réconciliation) qui contient le mot ‘Sühne’ (expiation). Quand on parle d’expiation l’on admet qu’il y a eu d’abord accusation et culpabilité.
Inévitablement la réconciliation a toujours à faire avec un règlement de compte, une remise de fautes et le pardon. Pour comprendre le sens de la réconciliation nous voulons d’abord nous tourner vers le problème du péché pour nous pencher ensuite sur la thème de la miséricorde et finalement nous attarder sur le caractère et la personne de l’ambassadeur de la réconciliation.

Que signifie culpabilité?

Pour la création déchue, la culpabilité se situe au niveau de la relation, elle imprégne tout le milieu vital de l‘homme. Comme le levain fait lever une quantité de pâte, ainsi la réalité du péché influence-t-elle toutes les relations humaines. Le milieu vital représente l’ensemble des conditions vitales nécessaires à chaque individu, pour l’épanouissement de son corps, de son âme et de son esprit, pour une croissance saine de sa personnalité. Le développement et l’épanouissement de l’homme ne sont primairement possibles que dans un climat favorable à la vie. Toute croissance, la croissance biologique également nécessite soins, dévouement, aide soutien, attention. Recevoir de l’amour et avoir des relations est beaucoup plus important et existentiel pour l’homme que de manger et de boire.
Le mot dévouement implique un mouvement vers l’autre, une relation d’amour avec le prochain. Je me tourne vers lui et lui apporte mon affection, agissant dans son intérêt. Le refus de dévouement ou de relation est un mal et un manquement. Lorsqu’une personne n’a pas envers une autre une attitude correcte et positive, elle abuse d’elle à son propre avantage. Pour être en mesure de survivre elle dégrade son prochain pour en faire un objet. Lorsque je refuse de voir en mon prochain un être qui a le même droit à la vie que moi, et que je ne le considère que par rapport à mes propres besoins, j’ai une dette d’amour et de respect envers lui. Je lui fais du tort en ne l’acceptant pas tel quel mais seulement parce qu’il me convient.
Lorsque j’agis égoïstement en ne pensant qu’à moi-même je deviens fautif. Le refus de relation peut s’exprimer de façons différentes. Je peux scïemment refuser toute relation à mon prochain en ayant une attitude d’hostilité envers lui. Mais le refus de relation est tout aussi vrai lorsque je suis indifférente à l’égard de mon prochain, ne le trouvant pas intéressant parce qu’il ne répond pas à mes besoins. En vulnérant son espace vital je deviens coupable. La culpabilité est toujours ‘relationnelle’, elle s’effectue au niveau de la relation.
Comme pour la faute, l’expiation de la faute ou la réconciliation se réalise également au niveau des relations. Etre réconcilié est une dimension relationnelle.

L‘origine du péché

Depuis que l’homme se détourna de Dieu, qu’il rompit la relation avec lui, qu’il ne lui fit plus confiance et qu’il s’appropria ce qui seul revient à Dieu, depuis le péché entrave la relation de l’homme avec Dieu et son prochain. Voilà la racine de tout péché. Et si l’être humain ne se tourne pas à nouveau sciemment vers Dieu il demeure dans l’état de séparation et de rupture avec Dieu et avec les autres.
La chute de l’homme qui est la perte de sa relation avec Dieu a inévitablement entraîné la perte de sa propre harmonie. Il perdit sa raison d’être profonde, il perdit le sens de sa propre réalité et de la réalité de Dieu. Il ne sait plus qui il est et qui est Dieu. L‘homme ne se comprend plus lui-même, il perd par là le sens de sa valeur et le respect pour son milieu naturel.
La première réaction après la chute était la peur. L’homme s’est caché de devant Dieu. Lorsqu’on ne sait plus qui est Dieu, qui l’on est soi-même, et qu’on perd toute relation avec la réalité divine, on se sent livré, délaissé, abandonné. L’homme a douloureusement pris conscience de cela; il a reconnu qu’il était nu. Les premiers hommes ont réalisé qu’ils venaient de perdre le sens de leur propre raison d’être et leur harmonie personnelle.Ils perdirent leur identité.
Voyant leur nudité ils éprouvèrent de la honte. La perte de l’identité, de la valeur personnelle et des bonnes relations conduit à la honte. A l’aide d’une autre créature Dieu a provisoirement recouvert la nudité de l’homme. Jusqu’à ce jour nous tirons notre substance vitale de l’ensemble des choses crées au lieu de vivre de la vraie vie éternelle venant de Dieu. Nous tirons notre plaisir de la nature, du fait d’avoir de bons amis, d’un intérieur élégant et confortable, d’un bon repas… Ce ne sont que des aspects d’une création qui passe, transitoire. Cependant toute vie tirée de cette création disparaîtra un jour avec elle; seul demeurera ce que chacun aura vécu en Jésus.
L’homme a pu survivre uniquement parce qu’une autre vie a été sacrifiée à la place de la sienne. Des animaux sont morts à sa place pour couvrir sa nudité. Cette réalité s’exprimait dans les sacrifices de l’Ancienne Alliance annonçant celui qui viendrait un jour nous rapporter et nous restituer la vie éternelle. La notion de sacrifice est présente dans toutes les relations: Si les parents ne s’engageaient pas tous les jours pour leurs enfants, se donnant à eux et s’occupant d’eux, ces derniers ne sauraient survivre dans la nudité et la détresse, ils seraient épouvantés et abandonnés et mourraient finalement. Jusqu’aujourd’hui toute nudité peut seulement être couverte lorsqu’il y a don de vie et partage.
Au lieu de s’en remettre à Dieu et de lui faire confiance, l’homme a choisi de regarder à lui-même, devenant ainsi la mesure de toute chose. Jusqu’à ce jour, rien n’a changé: Chaque fois qu’on se détourne de Dieu, on se tourne vers soi-même, on devient égoïste. Si l’homme ne laisse plus à Dieu la possibilité de lui procurer et lui donner sa place pour vivre comme il le fit pour toute sa création, alors l’homme devra se l’approprier lui-même pour survivre. Il s’appropriera à la sueur de son front ce qui convenait à Dieu seul de lui donner.
C’est là que commence à tous les niveaux le combat pour la survie, pour l’affirmation de la personne et pour son acceptation. A ce stade chacun se rend fautif de son prochain car le combat se fait toujours au détriment de l’un ou de l’autre. Le fort abuse du faible et le dépossède d’une manière ou d’une autre de ses biens. Pour se profiler soi-même, recevoir l’approbation, parvenir à la puissance, à la vie on coupe à son prochain ses ressources matérielles, on attente à son âme en le rabaissant, le méprisant, le compromettant, ou bien on l’exclut en ne le prenant pas en considération, en l’ignorant. Tout ceci est mal.

Qui est fautif?

«Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu» (Rom. 3,23). Tou moi, toi, ton frère, ta soeur, tes enfants, tes parents...

Délivrer du mal

Les hommes essayent de résoudre le problème de la culpabilité par différents moyens:
1.    la solution la plus simple
Le plus simple est d’ignorer le péché, ou de ne pas l’admettre. Mais les années passant, il devient de plus en plus difficile d’étouffer le cri de l’accusation, car l’injustice devient de plus en plus grande, détestable et générale au niveau des relations humaines.
2.    la solution philosophique
On accepte et admet le mal comme étant inhérent à l’humanité. Il est considéré comme étant le côté humain de la vie et accepté comme tel.
3.    la solution psychologique
Dans la psychologie la faute est considérée comme un composante de la vie, mais une composante reniant la vie, soit une négation de la vie. Il faut y remédier par des thérapies, en trouvant des explications ou des projections (sur d’autres personnes, sur le mal).
4.    la solution athée
Elle prétend que le péché et la culpabilité n’existent qu’en rapport avec Dieu, si l’on croit en lui.

Cependant là où il y a faute et accusation on ne peut pas éviter le jugement pour en être débarrassé. Justice doit être rendue. Il est écrit dans les Corinthiens: «Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu». 2 Cor 5,21. Jésus, l’innocent fils de Dieu, a été fait péché et coupable par Dieu, pour nous. «Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie; et l’Eternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous» Esaïe 53,6.
Le jugement de Dieu résolvant le problème de la culpabilité a eu lieu. «Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris» Esaïe 53,5. La solution du péché n’est pas une solution bon marché. La faute entraîne le châtiment, un châtiment à la mesure de la faute. Dans le cas présent c’est la peine de mort. «Il a effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient qui subsistait contre nous et il l’a éliminé en le clouant à la croix» Col 2,14. Dieu lui-même a pris les mesures nécessaires afin que l’accusation contre nous avec toutes les conséquences décrites ci-dessus soit annulée. Il a éliminé l’accusation (il ne l’a pas seulement oubliée ou ignorée, laissant faire le temps!). «Car Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation» 2 Cor 5,19.
La croix est le seul endroit où le péché est détruit. A travers sa mort substitutive (la peine de mort était pour nous), Jésus a éliminé l’accusation contre nous. A cet endroit unique il y a pour chacun la réponse au problème de sa culpabilité. A la croix nous reconnaissons que nous sommes tous coupables, tous sans exception. Ici nous laissons tomber toute pierre de notre main; pierre que nous avions ramassée pour la lancer sur l’autre. Ici chacun est libéré de son ‘moi’ avec ses exigences; les prétentions et les accusations, contre soi-même et son prochain, sont éliminées.
Après avoir reconnu qui j’étais et suis encore: un pécheur fautif, n’ayant aucune pensée de salut, ni envers moi-même ni envers les autres, ne sachant que juger, accuser, être indifférent à la souffrance des autres, c‘est une merveilleuse expérience de réaliser que tout cela m’a été pardonné! Sur ce terrain l’amour peut s’épanouir.
Comme dans le psaume 51 je dois confesser ma faute à Dieu: «C’est contre toi que j’ai péché, par mon attitude, mes pensées. Toi, tu es un Dieu de la vie, du pardon, un Dieu d’amour. Tu t’est laissé clouer à la croix pour y porter mes péchés et les transgressions des hommes. Moi par contre, dans ma nature je suis porté à juger, à empiéter sur la vie de mon prochain, à le rabaisser et le compromettre espérant ainsi pouvoir mieux me profiler et dissimuler mon péché et ma misère.» Voilà mon péché envers Dieu, envers le prochain et envers moi-même.
Je ne puis absolument rien changer à la réalité du péché dans ma vie et à la nécessité de le reconnaître, le confesser et demander pardon. La seule chose qu’il me reste à dire est: «Seigneur fais grâce au pécheur que je suis.» C’est la seule attitude qui conduit au pardon. L’attitude de reconnaissance et l’amour grandissent sur la base d’une expérience fondamentale et puis quotidienne du pardon. Le royaume de Dieu commence alors à grandir en moi.

Accorder le pardon


«…mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses» Mt. 6,15.
Le pardon est nécessaire à la réconciliation. Il est la clé pour ouvrir la porte des différentes geôles que sont l’animosité, la haine, la solitude, l’obscurité et l’étroitesse de coeur; il peut seul conduire à la lumière, vers la liberté, l’espérance et un nouveau départ.
Pardonner signifie renoncer à l’accusation, à la réparation des torts, faire grâce de toute accusation, même si celle-ci serait justifiée. Vivant moi-même au bénéfice de la miséricorde de Dieu je peux et dois être miséricordieux envers mon prochain. Ayant été moi-même libéré, acquitté et gracié, ayant échappé au châtiment et au jugement et pouvant tous les jours recommencer à neuf, je suis interpelé à remettre les dettes à mes débiteurs bien qu’étant en droit de les accuser. Je leur donne ainsi la chance d’un nouveau commencement, afin que du neuf puisse germer dans leur vie, afin que les relations puissent devenir saines, et que chaque nouveau jour contienne l’espoir d’un changement. Voilà pourquoi Jésus dit à Pierre: «Ce n’est pas seulement sept fois que tu dois pardonner, mais soixante-dix-sept fois» ce qui veut dire tous les jours sans limite, redonner une nouvelle chance espérant toujours un changement.
Le pardon et notre détermination à pardonner font apparaître le mieux le caractère de Dieu dans notre vie. Là le règne de Dieu luit de sa plus forte lumière. Die est toujours source de salut et de délivrance. Le diable par contre accuse, rend esclave, et détruit. Qui ne pardonne pas, qui conserve des images et des expériences négatives, qui continue d’accuser et de juger, s’identifie à l’accusateur et non à Dieu. L’amour de Dieu ne peut inonder un coeur qui n’est pas prêt à renoncer à toute accusation, et le message de la réconciliation lui restera incompréhensible. Il perdra également le bénéfice du pardon de Dieu à son égard et l’obscurité se répandra de nouveau en lui.
La voie de la réconciliation est simple: Je reconnais ma faute, je la confesse pour obtenir le pardon, et puis je pardonne à mon tour.

La miséricorde conduit à la reconciliation

Etre réconcilié signifie que je suis ouvert et sincère à l'égard de Dieu et mon prochain; je n’accuse pas et je ne dissimule rien.
La réconciliation n’est pas théorique, elle n’est pas une absolution de quelques péchés confessés. La réconciliation est le rétablissement complet des relations. Elle affecte tout l’être, tous les aspects de sa vie.
Vivre de manière réellement miséricordieuse prépare le terrain à la réconciliation et à la transformation d’une vie humaine à tous les niveaux. Cette miséricorde n’est pas un geste sentimental de secours envers un nécessiteux en vue de remédier rapidement à son problème. Etre miséricordieux signifie s’identifier à la détresse, la dépression et la souffrance d’une personne. Cela signifie que je soigne le contact avec cette personne en prenant sincèrement part à sa vie. Cela exige que je supporte sa souffrance, et que ma foi et mon espérance lui permettent de faire marche-arrière, de se répentir, de guérir et d’être réhabilité. Une telle miséricorde prépare le chemin qui reconduira la personne vers Dieu, vers elle-même et vers son prochain. Cela compte aussi bien pour la victime que pour le malfaiteur.
Il est sûrement plus simple de se pencher et s’apitoyer sur la victime, dont la vie s’est détériorée par un mal quelconque, que ce soit par la force, l’injustice ou l’avilissement. Les conséquences inévitables sont l’amertume, l’accusation, le refus de pardonner, la revendication à la vengeance et à la haine. Mais ces conséquences sont des obstacles obstruant le chemin vers la vie, empêchant restauration, guérison et réconciliation authentique. Pour celui qui apporte le message de la réconciliation, exercer la miséricorde signifie entourer et aimer, pleurer avec celui qui pleure; de cette façon, il aidera une personne à guérir ses blessures et vaincre son amertume, à surmonter sa tristesse, sa haine et son accusation; il la délivrera de son isolement dans lequel le mal la retient prisonnière.
Pratiquer cette miséricorde n’est pas toujours facile, même à l’égard des victimes. Toute miséricorde sentimentale est vouée à l’échec; le messager de la réconciliation sera souvent d’abord lui-même la cible de l’agression accumulée, du rejet et de l’amertume de la victime. Cependant son caractère miséricordieux nécessaire pour la réconciliation est capable de supporter ces difficultés sans rompre les relations. Un messager de paix sait attendre, prie, est compatissant et ne cesse de proclamer l’espoir et le renouveau dans la vie de la victime.
Qu’en est-il de la miséricorde envers les malfaiteurs? Est-il possible d’être miséricordieux envers des personnes qui commettent sciemment le mal à nos yeux, qui pratiquent sans scrupule la violence, qui rabaissent les autres, dérobent leurs biens, calomnient, parlent mal d’eux, humilient et commettent des meurtres, propagent la haine et la destruction et dévorent les autres comme des fauves? Convient-il d’être miséricordieux quand le mal est évident et crie vengeance, lorsque des individus sont possédés par le mal qui les tient dans ses griffes, laissant même penser qu’ils sont des serviteurs du mal? Est-il juste de chercher le contact avec des personnes qui semble-t-il n’ont aucun remord et sont même fiers d’avoir violé et détruit la vie des autres? Faut-il aller au devant de telles personnes quand se lèvent en nous la colère, le mépris, la vengeance et même la haine? C’est là justement que le Royaume de Dieu est différent du monde naturel: Dieu donna son fils pour nous, lorsque nous étions encore ses ennemis (d’après Rom 5,8). Dieu fit pour nous le geste de la réconciliation alors que nous le méprisions encore, que nous l’ignorions, que nous nous moquions de lui, le reniant, le combattant même, en refusant son amour par orgueil et arrogance. Jésus appelait Judas son ami, alors qu’il savait que celui le dénoncerait. Ses paroles n’étaient ni vides ni ironiques. Jésus voulait permettre à Judas de se repentir; comme Pierre, un autre traitre de Jésus, put se repentir, devenant plus tard le chef des apôtres.
Etre miséricordieux à l’égard de malfaiteurs peut nous paraître une étrange attitude. Elle n’est possible que si nous considérons les deux points suivants:
D’abord il ne faut pas ignorer l’état de notre propre coeur, selon qu’il est écrit: «Il n’y a point de juste, pas même un seul; tous sont égarés, tous sont pervertis. Il n’en est aucun qui fasse le bien, pas même un seul. Leur gosier est un sépulcre ouvert, ils se servent de leur langue pour tromper. Ils ont sous leurs lèvres un venin d’aspic; leur bouche est pleine de malédiction et d’amertume; ils ont les pieds légers pour répandre le sang; la destruction et le malheur sont sur leur route; ils ne connaissent pas le chemin de la paix; la crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux» (Rom 3, 110 à 18). Il nous faut reconnaître que nous sommes capables d’agir ou réagir comme n’importe quel terroriste, lorsque la haine nous domine. Ce n’est pas notre mérite, mais c’est une grâce de ne pas succomber au mal de la même manière.
Ensuite: «Dieu ne prend pas plaisir à la mort du méchant» (Ez. 18,23). Il veut que le méchant change de conduite et vive. Chaque personne est une créature divine, créée dans le but de reconnaître le Dieu vivant et d’aimer celui dont le prophète Isaïe a dit: «C’est toi, Eternel, qui es notre Père» (Isaïe 63,16). Par l'intermédiaire de Jésus, le Messie, chacun peut revenir auprès du Père à la maison et recevoir la vie. Depuis la mort substituante du Fils de Dieu, depuis que le Dieu d’Israël a offert son coeur en donnant son Fils par amour envers ses créatures, la justice et le droit ne sont plus résolus dans les cours de justice du monde, mais ils émanent du coeur déchiré du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. On ne combat plus le mal avec les armes du mal: la haine avec la haine, la violence avec la violence (oeil pour oeil, dent pour dent). Dans l’intention de sauver l’humanité entière Dieu a décidé d’user de miséricorde envers le malfaiteur. Tout au long de sa vie le malfaiteur a la possibilité de se repentir et de changer.
Pour sûr, le mal doit être démasqué et jugé. Il est évident pour le ‘messager de paix’ de refuser et de haïr le mal, la violence, le mensonge, la calomnie, la haine, l’arrogance et le dédain. Il ne peut faire autrement. Et s’il existe vraiment quelque chose que nous devons haïr, c’est bien le mal, tout d’abord dans notre propre vie et puis dans la vie des autres. Dans le Royaume de Dieu, on fait la différence entre le pécheur et le péché, entre celui qui est pris dans les griffes du mal et le mal lui-même.
Malheureusement, pas tous les hommes accepteront la réconciliation, la main tendue, pas tous les hommes voudront changer et se détourner du mal. Cependant aussi longtemps que l’homme vit, il y a pour lui de l’espoir auprès de Dieu. N’est-il pas écrit: «L’espérance ne trompe point» (Rom 5,5).
En usant d’indulgence envers le malfaiteur, le réconciliateur sera en mesure d’évaluer le prix de la réconciliation, il réalisera au travers de quelles douleurs et de quelles ténèbres il nous fut acquis.

Bien des efforts et des démarches sont entrepris en vue de la réconciliation au niveau purement humain. Mais en excluant Dieu, Lui qui a seul le droit d’ôter la faute du milieu de nous, la réconciliation authentique demeure une utopie. La réconciliation humaine ne sera au mieux qu’une solution de conflits passagère. Tout effort pour résoudre des conflits est louable. Cependant, l’homme n’est pas en mesure de garantir une vraie réconciliation; car pour cela il devrait s’imputer la faute, en payer le prix, renoncer à son droit de vivre et donc mourir, car le prix de la vie c’est la vie elle-même.
Les hommes en général essaient de limiter un conflit et de le faire cesser dans la mesure du possible. Et même cela a son prix. Les frais sont répartis aussi équitablement que possible entre les parties concernées. Ainsi personne n’est blâmé, personne ne perd son prestige, et personne n’est perdant. On trouve un compromis. Mais la racine du mal est toujours là, le conflit est seulement endigué et à tout moment il peut de nouveau ressurgir. Au moyen d’accords on fixe des marges de négociations pour délimiter les revendications des belligérants en les fixant par des contrats. Mais la situation reste souvent désespérée. La réconciliation au contraire conduit de l’impasse au large; on peut lâcher et laisser ce qu’on retient, et on ne contraint personne.
Les réflexions précédentes permettent de se demander si la réconciliation est possible entre nations excluant la réalité de Dieu. Dans le domaine politique et juridique, le compromis est le seul moyen de tenir en échec des différents. Et un compromis au niveau de l’état devra être renforcé par une réconciliation nationale, personnelle au niveau des relations humaines des peuples entre eux. Si cela ne se fait pas, le compromis politique n’aura guère de chance.
Témoignons donc vote à la vraie réconciliation éternelle en Jésus-Christ, la seule capable de transformer les coeurs.

Messagers de paix

Seul celui qui a fait l’expérience de la réconciliation dans sa propre existence et qui la vit pratiquement est capable de l’apporter aux autres. Selon 2 Cor 5, la condition nécessaire est une ‘nouvelle naissance’ - et pas moins! «Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle création. Les choses anciennes sont passées; voici toutes choses sont devenues nouvelles. Et tout cela vient de Dieu qui nos a réconciliés avec lui par Christ et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. Car Dieu était en Christ réconciliant le monde avec lui-même en n’imputant point aux hommes leurs offenses et il a mis en nous la parole de la réconciliation. Nous faisons donc les fonctions d’ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!» (2 Cor 5, 17 à 20).
Egalement comme Chrétiens, nous devons toujours nous poser la question suivante: «Est-ce que je fais l’expérience du renouveau de mon être intérieur? La réconciliation est-elle une réalité dans ma vie? N’y a-t-il plus aucune accusation dans ma vie à l’égard de Dieu, mon prochain, la famille, les amis, la communauté? Est-ce que je fais l’expérience de la justice divine dans la réalité quotidienne? Ai-je un endroit où je me sens protégé, abrité, et plus dépendant de mes circonstances? Ne dois-je plus lutter pour ma vie? Est-ce que je vis en paix?
Les personnes qui sont entièrement en Christ, ont fait l’expérience de la réconciliation. Jésus les a réconciliées avec le Père, avec eux-mêmes et leur prochain. Une personne réconciliée avec Dieu vit une relation intacte et restaurée avec Dieu. Une personne réconciliée avec elle-même a une saine relation avec elle-même. Et une personne réconciliée avec son prochain a une relation authentique et intacte avec celui-ci.
Il ne s’agit pas de passer d’abord par toutes les différentes étapes que sont la contrition, le pardon, la justification et la paix qui en résultent. Cela est impossible. Dieu exige seulement de nous que nous soyons prêts à être sincères dans nos pensées, nos paroles et nos actions pour nous accorder son pardon, et sa paix se répandra en nous. Le Royaume de Dieu grandira en nous. «Le Royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences; mais quand il a poussé il est plus grand que les légumes et devient un arbre de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches» (Mt. 13, 31.32).
Toute personne ayant fait dans sa vie l’expérience de la réconciliation est un ambassadeur pour Christ. Sa vie deviendra un lieu où d’autres sentiront la proximité de Dieu et pourront recevoir son aide, la réponse au problème de leur culpabilité, une vie dans la justice et la paix de Dieu pour l’âme, le corps et l’esprit. Un être vivant réconcilié sera comme cet arbre. De nombreuses autres personnes trouveront auprès de lui abri, protection et sécurité.
«Soyez donc parfaits comme votre père céleste est parfait» (Mt. 5,48). Voilà ni des paroles vaines de Jésus, ni des idéaux que même les meilleurs ne pourraient atteindre. Inaccessibles à l’homme naturel essayant par ses propres efforts de faire le bien, ils sont acccessibles à celui qui sait que ses péchés mortels sont pardonnés, qui est délivré de la peur, qui sait que Dieu est amour et qu’il l’a ressuscité à une vie nouvelle. C’est la perfection de celui qui peut dire de tout son coeur: «…et si je vis, ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi» (Gal. 2.20).
Jamais aucune parole humaine n’a été capable d’allumer dans une personne humiliée et souffrante l’espoir d’un changement, d’une libération ou de guérison. Nous sommes impuissants. Nos paroles de consolation peuvent bien vite devenir insipides. Mais Christ en moi, lui qui a connu et supporté la souffrance comme nul autre, lui qui connait le fond des coeurs, lui seul peut apporter consolation et espoir par l’intermédiaire de ses messagers. C’est lui-même qui produira dans l’homme blessé la vie nouvelle.
La parole humaine est bien moins capable encore de répandre de la lumière dans les ténèbres d’un coeur durci, rempli de haine, hautain ou lâche, d’appeler à la repentance et à la vérité, et de lui proclamer l’espoir d’une vie nouvelle dans la justice et la paix! Non, seul Christ en moi, lui qui a été attaqué et qui a subi en sa personne la violence de la part du méchant comme nul autre, lui qui a triomphé du mal (1 Jean 3,8: «Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les oeuvres du diable») lui seul peut, à travers de mon coeur, prononcer des paroles d’espoir, de changement et de transformation à l’adresse d’un malfaiteur et lui apporter de la lumière dans ses ténèbres; à travers notre coeur «car l’amour de Dieu est répandu dans nos coeurs» (Rom 5,5).

Tous mes efforts de réconciliation seront dépourvus de sens et vains s’ils ne sont pas motivés par l’amour envers Dieu et mon prochain (voir 1 Cor 13; tout le chapitre). La réconciliation n’est pas seulement une question spirituelle; elle apparaît concrètement dans la qualité de mes relations humaines, dans mes relations avec la victime et avec le malfaiteur. Le Royaume de Dieu dort être visible dans mon attitude et ma comportement envers eux.
Il serait simple de s’identifier aux émotions, d’agir à partir de là et de prendre parti. Il est simple de sympathiser avec des personnes, d’adopter leurs attitudes et points de vue négatifs, de partager leurs agressions et de se laisser motiver à l’action par tout cela. Bien qu’humainement cette façon d’agir soit compréhensible, elle ne pourra jamais être appliquée dans le Royaume de Dieu et n’aboutira jamais à la réconciliation. Nous ne devons jamais lutter contre la chair et le sang. C’est aussi la raison pour laquelle une personne n’est jamais notre ennemi; c’est un candidat qu’il faut gagner pour le Royaume de Dieu.
Dans ses relations un ambassadeur de Christ se gardera d’accuser et de demander justice. Il ne poursuivra personne; personne ne sera son ennemi. Il ne prendra jamais parti. Ainsi donc, nous voulons également refuser de nous identifier aux pensées négatives nourries à l’égard d’autres, et d’adopter les images négatives même si elles étaient justifiées. C’est uniquement contre le mal que nous prendrons parti.
Un ouvrier de paix se mettra toujours dans la brèche existant entre Dieu et les hommes, entre les hommes eux-mêmes et entre les peuples… Lorsque nous nous tenons du côté de Jésus, nous réaliserons qu’au delà de la sympathie et de l’antipathie, la distance vers les hommes sera toujours la même, et que tous les hommes nous sont pareillement proches car ils se tiennent tous également proches de Dieu. Dieu n’a point d’enfants préférés.
Si Dieu a pris la décision de surmonter chrachats, mépris, coups, blessures et rejet, s’Il a décidé de ne pas se détourner pour autant de sa créature, de ne pas rompre la relation (Isaïe 53) mais de garder l’espoir d’un changement, alors celui qui lui appartient, son enfant, son serviteur, son ambassadeur vivra la même réalité et partagera le même sort. A cette fin il lavera son coeur de reproches, d’amertume et de colère et intercédera tous les jours pour le malfaituer, l’orgueilleux, celui qui a de la haine au coeur et celui qui éprouve du mépris; il suppliera et luttera dans la prière pour sa délivrance du mal. La volonté de Dieu pour un ouvrier de paix est que celui-ci ne se laisse pas vaincre par le mal mais qu’il soutienne en gardant son regard fixé sur le fils de Dieu à la croix. Il ne devra pas cesser de manifester la miséricorde divine à l’égard du malfaiteur, lui tendant la main afin qu’il puisse être délivré du mal et accepter le pardon et la réconciliation. Voici l’exigence du Royaume de Dieu depuis la venue du Messie Jésus..
Le travail le plus difficile pour moi en tant que messager de paix est donc le travail à mon propre coeur. Tous les jours je dois laisser purifier mon coeur d’amertume si j’ai été blessé, d’accusation si l’on m’a fait du tort, de vulnérabilité, d’indifférence, de semi-vérité et de mensonge, de colportages négatifs et médisances (même ‘justifiés’), de colère, d’agression, distance et orgueil, d’accusation, de réparation de torts, d’incrédulité et d’ergoterie. La liste n’est pas exhaustive. Qui veut proclamer ce message et conduire les hommes à la réconciliation doit ardemment désirer que son coeur étroit devienne généreux et pur. Car seul celui qui a un coeur pur peut voir Dieu et de cet endroit-là voir l’homme tel que Dieu le voit.
Jésus a joué tout le jeu, il s’est livré à l’accusation et à ce monde déchu. Il n’a pas fuit quand on l’a rejeté, haï, et lorsqu’on était méfiant à son égard. La conséquence de sa vie a été la mort. Ce même destin est réservé à tout homme qui pratique la réconciliation à tous les niveaux de sa vie car «l’ouvrier n’est pas plus grand que son maître». Qui veut vivre la réalité de la réconciliation doit réaliser qu’il s’engage sur un champ de bataille où l’on tire des deux côtés. Cela a coûté la vie à Jésus.
Cependant les messagers de la réconciliation peuvent revendiquer la promesse suivante:
«Heureux ceux qui procurent la paix; ils seront appelés fils de Dieu»
Mt. 5,9

©Communauté de la Réconciliation

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7. bis 16. September 2012

führen wir eine Studienwoche in Jerusalem durch. Nähere Infos finden Sie hier

Anmeldeschluss:           30. Juni 2012

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